Anorexie mentale : un repérage précoce et un suivi pluridisciplinaire

Information proposée et validée par Haute Autorité de Santé - HAS Publiée le 21/03/2013

Dr Emmanuel Nouyrigat
Chef de projet – Service des bonnes pratiques professionnelles – HAS

La HAS a élaboré des recommandations sur l’anorexie mentale. Quelles sont les spécificités de cette maladie ?
L’anorexie mentale n’est pas très fréquente, mais elle se caractérise par la gravité potentielle de son pronostic. C’est la maladie psychiatrique au taux de mortalité le plus élevé, jusqu’à 10 % dans les études avec suivi supérieur à dix ans. Elle présente un risque de complications somatiques (défaillance cardiaque, ostéoporose, infertilité…), psychiques (dépression, suicide) et psychosociales (désinsertion), ainsi qu’un risque de chronicité. Pour prévenir ces risques, les recommandations insistent sur la nécessité d’un repérage précoce.

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infographie : Pascal Marseaud

  

En pratique, comment un médecin traitant peut-il opérer ce repérage précoce ?
Les signes d’alerte diffèrent suivant l’âge (voir infographie). Les personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire consultent leur médecin  généraliste plus fréquemment que le reste de la population dans les années qui précèdent le diagnostic, pour des problèmes somatiques divers. Leur médecin traitant est donc très bien placé pour repérer tôt ces troubles, avec un ciblage sur les populations à risque, où la prévalence de l’anorexie mentale est maximale. Les personnes touchées par l’anorexie mentale sont souvent les adolescentes, les jeunes femmes, les mannequins, les danseurs, les sportifs dans des disciplines esthétiques ou à catégorie de poids, ainsi que les personnes atteintes de pathologies impliquant des régimes, telles que le diabète de type 1 ou l’hypercholestérolémie familiale.
  

Face à un contexte ou à des signes évocateurs, que peut faire le médecin généraliste ?
En dehors des questions simples à poser au patient sur son alimentation, le médecin peut utiliser le questionnaire Scoff-F (voir encadré). En raison
d’un fréquent déni du patient, il est recommandé d’adopter une attitude empathique, authentique, chaleureuse et professionnelle pour lui permettre d’exprimer les signes susceptibles de conforter le diagnostic. Le médecin généraliste préfère parfois confier le patient à un confrère expérimenté dans les troubles du comportement alimentaire, qui posera le diagnostic. S’il n’en connaît pas sur son secteur, il peut trouver sur le site Internet de l’Association française pour le développement des approches spécialisées des troubles du comportement alimentaire (Afdas-TCA) les coordonnées des lieux et des réseaux de soins spécialisés.

  

guillemet_hautLe repérage de l’anorexie mentale doit être précoce et ciblé.
Sa prise en charge initiale s’effectue en ambulatoire, sauf urgence somatique ou psychiatrique.

  

Une fois le diagnostic posé, quelle est la prise en charge ?
Dans un premier temps, il est recommandé d’évaluer le patient sur le plan somatique, nutritionnel et psychique, mais aussi la dynamique familiale et sociale. Cette étape permet de s’assurer de l’absence de signes de gravité, en particulier de ceux qui pourraient justifier une hospitalisation. Une prise en charge hospitalière n’est indiquée qu’en cas d’urgence, somatique ou psychiatrique. En dehors de cette situation, il est recommandé d’instaurer une prise en charge ambulatoire dès que possible. Elle est multidisciplinaire, car l’anorexie mentale est d’origine multifactorielle.
Le médecin de premier recours (médecin traitant ou pédiatre), qui a posé le diagnostic et évalué l’état du patient, organise cette prise en charge. Ce peut être un confrère expérimenté auquel le patient a été confié. Son rôle est aussi de rechercher une alliance thérapeutique, un objectif prioritaire qui se construit patiemment avec le patient et sa famille. La prise en charge en ambulatoire est organisée dans le respect de cette alliance thérapeutique et en impliquant les proches du patient.

Quel rôle joue le médecin traitant dans la prise en charge en ambulatoire ?
La prise en charge repose sur une équipe de deux soignants minimum : un psychiatre, un pédopsychiatre ou un psychologue (du fait de la souffrance psychique et des fréquentes comorbidités psychiatriques) et un somaticien, qui peut être le médecin traitant. Ce dernier peut de plus assumer le rôle de médecin coordinateur. Il veille alors à la cohérence et à la continuité des soins dans la durée, entre les différentes étapes de la prise en charge et entre les différents intervenants.

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 Le questionnaire Scoff-F   
                                                   

Deux réponses positives sont fortement prédictives d’un trouble du comportement alimentaire :
1. Vous faites-vous vomir parce que vous vous sentez mal d’avoir trop mangé ?
2. Vous inquiétez-vous d’avoir perdu le contrôle de ce que vous mangez ?
3. Avez-vous récemment perdu plus de 6 kg en 3 mois ?
4. Pensez-vous que vous êtes gros(se) alors que d’autres vous trouvent trop mince ?
5. Diriez-vous que la nourriture domine votre vie ?


Pour en savoir plus, retrouvez :

Anorexie mentale :
• prise en charge, recommandation pour la pratique clinique
• prise en charge, repérage, fiche de synthèse
• prise en charge, premiers soins spécialisés et filières de prise en charge, fiche de synthèse
• prise en charge, critères d’hospitalisation à temps plein, fiche de synthèse
• et si ça me concernait, document d’information
• prise en charge, document d’information destiné aux familles et aux patients
• prise en charge, argumentaire


 

Sommaire

À retrouver sur http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1023325/fr/anorexie-mentale-un-reperage-precoce-et-un-suivi-pluridisciplinaire
Information proposée et validée par Haute Autorité de Santé - HAS Publiée le 21/03/2013
La Haute Autorité de Santé, est une autorité publique, indépendante, à caractère scientifique, qui vise à assurer à tous les meilleurs soins. Elle trois missions principales : évaluer l’intérêt des médicaments, des dispositifs médicaux et des actes en vue de leur remboursement par l’Assurance maladie, élaborer des recommandations de bonnes pratiques pour les médecins, définir des parcours de soins, faciliter le bon soin, au bon moment pour le bon patient et certifier les hôpitaux et les cliniques, mesurer leur qualité. Par ses travaux, la HAS éclaire la décision des pouvoirs publics, accompagne les professionnels de santé, informe les personnes malades et les usagers du système de santé.
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