Automutilations

Information proposée et validée par Psycom Publiée le 27/10/2016

L’automutilation est un comportement complexe, unique ou répété, aux significations multiples. Il est souvent retrouvé à l’adolescence et chez la personnalité limite ou « borderline ».

Que désigne le terme d’ « automutilations » ?

Il n’existe pas de définition unique, communément admise.

Rappelons que certains comportements automutilatoires ont une dimension religieuse ou culturelle : rites initiatiques de marquages du corps symbolisant le passage à l’âge adulte (les indiens du Lakotah, les biafas du Cameroun…), témoignages de l’appartenance à un groupe spécifique (marins, détenus...), nombreuses pratiques mutilantes esthétiques (tatouages, piercings, implants…).

En l’absence de critères d’intégration sociale, d’esthétisme et d’âge, les comportements d’automutilation prennent un caractère pathologique. Plusieurs classifications en ont été proposées, dont celle de Favazza et Rosenthal qui décrit trois grandes catégories :

• Les automutilations majeures : il s’agit le plus souvent d’actes uniques, impulsifs (ex : amputation, énucléation, castration). Elles surviennent en général dans un contexte de crise psychotique ou de prise de toxiques. Le risque létal ou/et suicidaire est important. 

• Les automutilations stéréotypées (ex : coups répétitifs, morsures...), le plus souvent chez des personnes présentant un retard mental, un trouble autistique, un trouble psychotique sévère avec arriération et/ou des troubles envahissants du développement.

• Les automutilations superficielles ou modérées : il s’agit de blessures auto-infligées, intentionnelles, conscientes, n’engageant pas le pronostic vital ni fonctionnel. Elles peuvent être épisodiques, compulsives ou répétées. Ce sont les automutilations les plus fréquentes.

Le Dr Thierry Bigot, psychiatre à l’hôpital Cochin (AP-HP), précise certaines caractéristiques :

• Le type de lésion : les moyens les plus courants sont les scarifications superficielles (80 %), les coups avec bleus (24 %), les brûlures (20 %), les coups de tête contre les murs (15 %), les morsures (7 %). Abrasions et introduction de corps étranger sont plus rares.

• La localisation : dans près de 80 % des cas, il s’agit d’atteintes des avant-bras notamment gauches. L’attaque de la tête et/ou du visage est plus rare et souvent associée à des troubles psychiques sévères. L’atteinte des organes sexuels témoigne fréquemment d’une problématique sexuelle non résolue ou d’un trouble délirant. D’autres lieux de blessures auto-infligées sont plus rares (ventre, dos, orifices) et souvent associés à des troubles psychotiques.

Qui est concerné ?

L’incidence et la prévalence des comportements d’automutilation sont en constante augmentation dans les pays occidentaux depuis les années 60. Les études montrent que 1 à 4 % de la population générale, et 12 à 35 % des collégiens, ont déjà eu un comportement d’automutilation.  

Des comportements d’automutilation sont retrouvés parmi un tiers des personnes consultants ou hospitalisées en psychiatrie.

Par ailleurs, 25 à 45 % des personnes présentant un trouble alimentaire de type boulimique et 80 % des personnes diagnostiquées borderline présentent des conduites d’automutilation le plus souvent épisodiques.

Dans 59% des cas, les symptômes commencent vers l’âge de 12-13 ans, et concernent deux fois plus souvent les filles que les garçons.

Selon le Dr Thierry Bigot, des facteurs de risque sont à rechercher dans l’enfance (abus sexuel et/ou maltraitance physique et/ou psychologique, carences affectives et absence de sécurité ressentie par l’enfant…) et dans l’âge adulte (antécédents de violences, abus de substances addictives, comorbidité psychiatrique…).

Pourquoi s’automutile-t-on ?

Dans tous les comportements d’automutilation, c’est l’enveloppe corporelle et le plus souvent la peau qui est attaquée. Première enveloppe psychique, la peau est avant tout une barrière protégeant des agressions extérieures, mais aussi un lieu de dialogue, de communication privilégiée, surtout lorsque les mots font défaut. L’attaque corporelle interpelle et mobilise l’autre. Enfin la peau a un rôle sensoriel majeur : c’est un lieu de plaisir si le sujet a pu se construire en investissant son corps positivement.

Le Dr Thierry Bigot décrit certaines des significations données aux automutilations :

• Modèle de régulation des affects : le geste auto-agressif témoigne d’une souffrance psychique mal maitrisée (désespoir, colère, culpabilité, anxiété, sentiment de vide..) et convertie en douleur activement provoquée (« maintenant je sais pourquoi j’ai mal »).

• Modèle d’autopunition : la personne a le sentiment de ne pas avoir été digne d’un amour parental attendu mais non advenu dans l’enfance, ou se sent coupable à la suite de psycho traumatismes (notamment d’abus sexuel), et retourne l’agressivité contre elle-même.

• Modèle des limites : la personne vient tester ses limites dans une recherche pathologique de sensation, ou le plus souvent marque ainsi sa volonté d’opérer une coupure avec l’autre. Dans ce modèle, l’automutilation est liée à une défaillance de la structuration identitaire et survient le plus souvent à la suite d’un abandon ou d’une intrusion ressentie répétant des expériences infantiles douloureuses.

• Modèle environnemental et communicationnel :le geste auto-agressif devient un moyen de communiquer à autrui une détresse psychologique ressentie, un message ou une demande d’attention…  

• Modèle sexuel : l’accession à la sexualité adulte peut être vécue de manière très angoissante par les adolescents, avec des débordements pulsionnels qu’ils peuvent chercher à canaliser par un passage à l’acte.

Cas d’automutilations à l’adolescence

Au cours de son doctorat de sociologie, Baptiste Brossard a mené une enquête auprès de 63 adolescents et jeunes adultes rencontrés par le biais de forums Internet consacrés à la pratique de l’automutilation, et au sein d’établissements de santé mentale. L’objectif était d’analyser la pratique des blessures auto-infligées en liant trois éléments : l’histoire personnelle des enquêtés, les modalités concrètes de leurs blessures et le système émotionnel qui leur donne sens.

Le but des blessures s’avère commun à plusieurs adolescents : l’automutilation est une pratique visant à changer délibérément son état émotionnel, et ce changement intervient pour rétablir une norme qui a été mise à mal. Marie se sent « sale » suite à un événement apparenté à un viol, et retrouve alors partiellement une propreté symbolique. Fanny ressent de la colère, dans un contexte de violence généralisée et d’impossibilité à communiquer, et se calme par la blessure afin de tendre vers une communication verbale avec sa famille. Cécilia cherche à récupérer des sensations corporelles « normales », perturbées par ses crises d’angoisse.

Quelle prise en charge ?

Le premier contact avec les soins se fait souvent dans un contexte d’urgence pour les cas graves, ou plus simplement chez le médecin traitant. Un temps d’hospitalisation, parfois à la demande d’un tiers, peut être nécessaire.

L’approche thérapeutique est ensuite double : pharmacologique et psychologique.

Sur le plan pharmacologique, le traitement dépend de la comorbidité associée : antidépresseurs si dépression et/ou dimension impulsive marquée, antipsychotiques en cas de psychose avérée ou de troubles de la personnalité mettant en péril le rapport avec la réalité, thymorégulateurs devant un trouble bipolaire ou un trouble limite de la personnalité.

Sur le plan psychologique, la prise en charge doit permettre à la personne de mieux comprendre son comportement et de trouver d’autres issues que le passage à l’acte. Les méthodes sont variées : thérapie analytique , cognitivo-comportementale , familiale , centrées sur l’écriture ou le dessin…

Les approches thérapeutiques corporelles  peuvent aussi aider les personnes à renouer une relation harmonieuse avec leur propre corps.

Rédaction

Synthèse réalisée par le Psycom, à partir des sources citées. Dernière mise à jour, août 2016

À retrouver sur http://www.psycom.org/Espace-Presse/Sante-mentale-de-A-a-Z/Automutilations
Information proposée et validée par Psycom Publiée le 27/10/2016
Organisme public d’information, de formation et de lutte contre la stigmatisation en santé mentale.
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