Cancer du col de l’utérus : la HAS recommande un dépistage organisé au niveau national

Information proposée et validée par Haute Autorité de Santé - HAS Publiée le 21/03/2013

Stéphanie Barré
Chef de projet – Service évaluation économique et santé publique – HAS

Quel bilan peut-on faire du dépistage du cancer du col de l’utérus en France ?
Le dépistage individuel, ou spontané, par frottis cervico-utérin (FCU) réalisé tous les trois ans, entre 25 et 65 ans, a atteint ses limites. Son taux de couverture stagne à 57 % depuis plusieurs années, avec de fortes disparités économiques et géographiques. Alors que la France enregistre encore 3 000 nouveaux cas de cancers du col de l’utérus invasifs et 1 000 décès chaque année, seuls 10 % des femmes concernées bénéficient d’un FCU dans l’intervalle recommandé. Et 50 % des femmes sont peu ou pas du tout dépistées.

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infographie : Pascal Marseaud

  

Les recommandations que vous publiez préconisent-elles une modification du rythme de dépistage actuel ?
Non. Elles réaffirment la pertinence d’un frottis tous les trois ans, après deux frottis normaux à un an d’intervalle, pour les femmes de 25 à 65 ans asymptomatiques, ayant ou ayant eu une activité sexuelle. L’arrivée récente de la vaccination contre certains papillomavirus humains (HPV) ne modifie pas cette stratégie. Pour les femmes actuellement âgées de 25 à 65 ans, le dépistage reste l’unique stratégie de prévention de ce cancer. Pour les jeunes filles aujourd’hui concernées par la vaccination, celle-ci ne vise que deux types d’HPV, impliqués dans 70 % des cancers du col de l’utérus. De plus, les résultats à long terme de l’efficacité des vaccins sur le nombre de cancers ne sont pas connus. Enfin, la couverture vaccinale n’est que de l’ordre de 30 %. Pour ces raisons, le dépistage par frottis demeure indispensable et doit être proposé tous les trois ans à toutes les femmes de 25 à 65 ans, qu’elles soient vaccinées ou non.

  

guillemet_hautLe dépistage par frottis cervico-utérin tous les trois ans reste indispensable pour prévenir le cancer du col de l’utérus chez toutes les femmes de 25 à 65 ans, vaccinées ou non.

  

Quel rôle peut jouer le médecin traitant pour faire progresser la participation au dépistage ?
La HAS recommande qu’il soit placé au coeur du dispositif, en coordonnant le dépistage pour chacune de ses patientes. Son rôle est de sensibiliser les femmes concernées à la nécessité de se faire dépister et de les inciter à le faire tous les trois ans. Il peut prescrire le FCU ou le réaliser lui-même. Un frottis sur dix est fait par un médecin généraliste. À défaut, il peut orienter ses patientes vers un gynécologue, une sage-femme ou un laboratoire de biologie médicale qui réalise des FCU. Le rôle du médecin traitant est également de s’assurer, après un frottis anormal, que la patiente a été orientée vers un gynécologue et que sa lésion est prise en charge.

En pratique, le médecin traitant peut se heurter à des réticences, détaillées dans les recommandations. Quelles sont-elles ?
Certains freins sont liés à la patiente : des frottis antérieurs qui se sont mal passés, une gêne vis-à-vis de l’examen gynécologique, un manque d’information… D’autres tiennent à l’accès aux soins. La démographie en gynécologie est très défavorable dans certains territoires, notamment ruraux et/ou urbains défavorisés, alors que les médecins généralistes y sont mieux représentés, d’où l’importance de leur implication. Par ailleurs, un certain nombre de gynécologues exercent en secteur 2 et pratiquent des dépassements d’honoraires dont ne peut s’acquitter une part non négligeable de la population. Pour ces femmes, les dépenses liées à un acte de prévention peuvent paraître non prioritaires et être repoussées.

La HAS propose que soit instauré un dépistage organisé. Sera-t-il comparable au programme national de dépistage du cancer du sein ?
Les recommandations proposent un dispositif plus souple, qui s’appuie sur les professionnels de santé déjà impliqués dans le dépistage actuel, au premier rang desquels les médecins généralistes, les gynécologues et les sages-femmes. Ils invitent les femmes concernées à se faire dépister tous les trois ans. Un courrier d’invitation ne serait adressé qu’aux femmes insuffisamment dépistées, qui n’ont pas de médecin traitant ou qui ne le consultent pas de façon régulière. Le dépistage organisé a l’avantage de bénéficier d’un système d’assurance qualité, d’un contrôle du suivi des femmes ayant un frottis positif et surtout d’une évaluation permettant une amélioration continue du dispositif.


 Les tests de dépistage, modalités et périodicité     
                                                   

Qu’apporte le frottis en milieu liquide ?
La cytologie en milieu liquide n’améliore pas de manière nette les performances du dépistage par rapport au frottis conventionnel. Elle permet de réduire le nombre de frottis ininterprétables et de pouvoir, si nécessaire, réaliser un test pour la détection des HPV sur le même prélèvement. Les deux types de frottis, conventionnel et en milieu liquide, peuvent être réalisés.
 

Quelles sont les conséquences d’un dépistage trop fréquent ?
Si le test de dépistage en lui-même n’a pas plus d’effets indésirables directs qu’un examen clinique gynécologique, un dépistage trop fréquent expose à un excès de diagnostics d’anomalies qui auraient régressé spontanément.
La découverte de ces anomalies induit des interventions inutiles avec, pour les femmes les plus jeunes, un retentissement possible sur le déroulement des grossesses à venir. C’est pourquoi il est important de respecter le rythme triennal du dépistage, qui, par ailleurs, ne remet pas en cause le bien-fondé d’un examen clinique gynécologique régulier.


Pour en savoir plus, retrouvez :
Les avis de la HAS n° 4029 et n° 5090 et les recommandations en santé publique sur « État des lieux et recommandations pour le dépistage du cancer du col de l’utérus en France ».



Sommaire

À retrouver sur http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1015771/fr/cancer-du-col-de-l-uterus-la-has-recommande-un-depistage-organise-au-niveau-national
Information proposée et validée par Haute Autorité de Santé - HAS Publiée le 21/03/2013
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