Dérives sectaires et psychiatrie

Information proposée et validée par Psycom Publiée le 27/10/2016

La dérive sectaire est un phénomène en pleine expansion. Selon un sondage réalisé pour le Service d’information du Gouvernement par l’institut IPSOS en septembre 2010 :
25 % des Français ont déjà été personnellement en contact avec une secte (soit 15 millions de personnes), 
20 % d’entre eux connaissent dans leur entourage social, amical ou professionnel, une personne qui a été victime de dérives sectaires (soit 13 millions de personnes).

Qu’est-ce qu’une dérive sectaire ?

La dérive sectaire est un phénomène en pleine expansion. Selon un sondage réalisé pour le Service d’information du Gouvernement par l’institut IPSOS en septembre 2010 :

- 25 % des Français ont déjà été personnellement en contact avec une secte (soit 15 millions de personnes), 

- 20 % d’entre eux connaissent dans leur entourage social, amical ou professionnel, une personne qui a été victime de dérives sectaires (soit 13 millions de personnes).

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes ), créée par le décret du 28 novembre 2002 afin d’observer et d’analyser le phénomène des mouvements à caractère sectaire, reçoit quelque 2 000 signalements par an. Elle définit la dérive sectaire comme « un dévoiement de la liberté de pensée, d’opinion ou de religion, qui porte atteinte aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l’intégrité des personnes, à l’ordre public, aux lois ou aux règlements. Elle se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but d’exercer une sujétion psychologique sur une personne, au point de la priver de son libre arbitre, et de l’amener à commettre des actes dommageables pour elle-même, son entourage ou pour la société ».

La Miviludes a édité en 2012 le guide Santé et dérives sectaires, destiné à aider au repérage des situations de danger et à proposer des outils pratiques pour réagir en conséquence. Il s'adresse aussi bien aux professionnels de la santé qu'aux particuliers confrontés à de telles situations.

Les dérives sectaires dans le champ de la santé

Les dérives sectaires dans le domaine de la santé représentent près de 25 % de l’ensemble des signalements reçus par la Miviludes. Les promesses et recettes de guérison, de bien-être et de développement personnel sont au cœur des pratiques à risque de dérives sectaires. Celles-ci proviennent de groupes organisés à dimension internationale ou de la multitude de « gourous thérapeutiques » isolés, ou organisés entre eux en réseaux. Le danger réside dans les pratiques alternatives qui aboutissent, par l’emprise exercée par le pseudo-thérapeute sur le malade, à détourner ce dernier des traitements conventionnels. Avec pour conséquence une perte de chance de guérison, voire un risque vital. Mais aussi une rupture avec la famille ou l’entourage, des exigences financières de plus en plus fortes, l’existence d’atteintes à l’intégrité physique, l’embrigadement des enfants…

Il convient de distinguer la dérive thérapeutique de la dérive sectaire. Le recours aux pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique (PNCAVT), non reconnues au plan scientifique par la médecine conventionnelle, est devenu de plus en plus fréquent. Mais toute dérive thérapeutique n’est pas forcément sectaire : un médecin peut croire fortement à une thérapie non éprouvée, complémentaire ou alternative, mais qui ne porte pas de danger en soi. La dérive thérapeutique devient sectaire lorsqu’elle essaie de faire adhérer le patient à une croyance, à un nouveau mode de pensée. Le pseudo-praticien demande au patient d’avoir toute confiance en lui car lui seul détient la méthode « miracle » apte à le guérir : il y a un endoctrinement.

La Miviludes estime qu’aujourd’hui :

– 4 Français sur 10 ont recours aux médecines dites alternatives ou complémentaires, dont 60 % parmi les malades du cancer ;

– 400 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique sont proposées ;

– 1 800 structures d’enseignements ou de formation sont « à risques » ;

– 4 000 « psychothérapeutes » autoproclamés n’ont suivi aucune formation et ne sont inscrits sur aucun registre ;

– 3 000 médecins seraient en lien avec la mouvance sectaire.

Les dérives sectaires appliquées à la psychiatrie

Les malades atteints de cancer, les publics fragilisés (anciens patients, personnes en situation de précarité, de recherche d’emploi ou de reconversion professionnelle…) et les professionnels de santé approchés via certaines « formations » professionnelles douteuses, sont devenus une cible de choix des mouvements sectaires. 

Les établissements de prise en charge de patients confrontés à des troubles psychiatriques sont régulièrement sollicités par certaines organisations qui cherchent à perturber la mise en œuvre des traitements conventionnels. La Miviludes cite ainsi la « Commission des citoyens pour les droits de l’homme (CCDH) » ainsi que le « Collectif des médecins et des citoyens contre les traitements dégradants de la psychiatrie », qui sont des émanations de la scientologie. Elles procèdent notamment par recueil d’informations, enquêtes, pétitions, manifestations publiques et saisines de parlementaires. Certains praticiens membres de ces structures ont pu user de leur titre pour se faire nommer personne de confiance auprès de malades, et tenter ainsi de perturber le bon déroulement des soins.

Des établissements de soins et de prévention en addictologie sont également victimes de ces tentatives d’intrusion. Sous couvert de dénoncer les méfaits de la drogue et d’apporter leur aide aux usagers de produits stupéfiants, des mouvements sectaires cherchent en réalité à recruter de nouveaux adeptes. Le mouvement « Non à la Drogue Oui à la vie », présenté comme une association loi 1901 de prévention contre la drogue, est ainsi une émanation de l’église de scientologie.

Par ailleurs, de nombreux mouvements et pseudo thérapeutes utilisent divers titres, parmi lesquels celui de psychothérapeute. Afin de prévenir les risques de charlatanisme, le titre de psychothérapeute a été encadré par l’article 52 de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, l’article 91 de la loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires, et le décret n°2010-534 du 20 mai 2010. Celui-ci prévoit deux conditions pour pouvoir user du titre de psychothérapeute :

• être inscrit sur une liste départementale tenue par le préfet après instruction de la demande par l’agence régionale de santé (ARS).

• avoir validé une formation en psychopathologie clinique de 400 heures minimum et un stage pratique d’au moins cinq mois. L’accès à cette formation étant réservé aux docteurs en médecine, aux personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue et aux psychanalystes enregistrés dans les annuaires de leur association.

Enfin, les mouvements sectaires sont très présents sur internet. Ainsi, selon la Miviludes, internet fait partie de la stratégie interne de recrutement de la Scientologie, via l’achat de mots-clefs et la mise en ligne de « tests de personnalité » (ex : « Oxford Capacity Analysis »).

Des dérives juridiquement condamnables

Régulièrement, les tribunaux correctionnels condamnent des charlatans de la santé pour homicide involontaire, non-assistance à personne en danger, risque causé à autrui, escroquerie, exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie, abus frauduleux de l’état de faiblesse…

S’il n’a pas défini la notion de dérives sectaires, le Législateur a néanmoins créé le délit d’abus frauduleux de l’état de faiblesse par sujétion psychologique, particulièrement

adapté aux infractions commises dans un contexte sectaire : « Est puni de trois ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende l’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de la situation de faiblesse […] d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l’exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire cette personne à un acte qui lui est gravement préjudiciable ».

(Article 223-15-2 du code pénal issu de la loi du 12 juin 2001 tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales).

Conseils pratiques : s’interroger et réagir

Selon la Miviludes, les 5 bonnes questions à se poser en cas de suspicion de dérive sectaire sont :

  • Le praticien promet-il la résolution de tous les problèmes rencontrés grâce à une méthode « novatrice et révolutionnaire » ?
  • Le praticien qualifie-t-il mon enfant de « spécial » ou d’« exceptionnel » ?
  • Le praticien critique-t-il ce qu’il nomme la « médecine conventionnelle » et le recours aux médicaments ?
  • Le praticien critique-t-il ma famille, mes amis ou encore les services de l’État en charge de la santé ?
  • Le praticien me propose-t-il à moi, ou à d’autres membres de la famille, de suivre également une thérapie avec lui ?

Et les 5 bonnes réactions sont les suivantes :

  • Se méfier des solutions « miracle », souvent coûteuses, et/ou impliquant des séances nombreuses et rapprochées.
  • Être attentif à tout changement important de comportement de l’enfant ou d’un proche.
  • Ne pas s’isoler, ni isoler l’enfant dans une relation exclusive avec le « praticien ».
  • En parler autour de soi et auprès des pédiatres, médecins, et autres professionnels de santé.
  • En cas de doute, ne pas attendre qu’il soit trop tard pour interroger la Miviludes. Son nouveau site internet, www.derivessectes.gouv.fr, permet à toute personne de saisir la Miviludes pour une demande d’avis ou un signalement de dérive sectaire.

Rédaction

Synthèse réalisée par Catherine Holué à partir des documents listés dans la rubrique "sources", avril 2013.

À retrouver sur http://www.psycom.org/Espace-Presse/Sante-mentale-de-A-a-Z/Derives-sectaires-et-psychiatrie
Information proposée et validée par Psycom Publiée le 27/10/2016
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