Tabac et psychiatrie

Information proposée et validée par Psycom Publiée le 27/10/2016

La dépendance au tabac est deux à trois fois plus fréquente chez les personnes ayant des troubles psychiques qu’en population générale. Cette consommation, parfois associées à d’autres conduites addictives, a un impact fort sur leur santé somatique(en particulier cardiovasculaire).  

La dépendance au tabac est deux à trois fois plus fréquente chez les personnes ayant des troubles psychiques qu’en population générale. Cette consommation, parfois associées à d’autres conduites addictives, a un impact fort sur leur santé somatique(en particulier cardiovasculaire).  

Dépendance au tabac

La nicotine est une substance stimulante qui diminue le temps de réaction et améliore l’attention chez les nouveaux fumeurs. La tolérance aux effets de la nicotine se développe rapidement. Les consommateurs réguliers n’obtiennent plus au fil du temps autant d’effets sur les performances cognitives ou l’humeur. La dépendance au tabac se caractérise par la fréquence des rechutes. Le sevrage, lié au manque de nicotine, est marqué par l’envie irrésistible de fumer (craving), des troubles de la concentration et de l’humeur.

La dépendance est plus sévère chez les personnes ayant des troubles psychiques, en particulier des troubles psychotiques (trois fois plus de fumeurs et un taux d'arrêt deux fois inférieur à celui en population générale). Sur un plan psychologique, de nombreux malades déclarent fumer pour se calmer lors des périodes de stress, pour atténuer leur humeur dépressive ou leur anxiété, pour améliorer leur concentration ou pour échapper à l’ennui ou à la lassitude.   

Qui est concerné ?

La fréquence de la consommation de tabac chez lespatients présentant des troubles schizophréniquesest de 66-67% (contre 30% des sujets en population générale). Les patients présentant des troubles schizophréniques fument beaucoup, en moyenne 22 à 27 cigarettes par jour et inhalent la fumée plus profondément. De ce fait, ils ont des taux sanguins de nicotine élevés.

Environ 70% des hommes et 80 % des femmes avec des antécédents de dépression sont ou ont été fumeurs. C’est généralement la dépression qui est considérée comme favorisant la consommation de tabac, plutôt que l’inverse. La consommation de tabac a en effet une action sur le système nerveux comparable à celle d’un antidépresseur.

Environ 60 à 90 % des patients suivis dans des services d’addictologie sont dépendants du tabac(80 à 88 % des patients alcoolodépendants, 90 % pour les patients dépendants de drogues).

60 à 69 % des patients présentant des troubles bipolaires sont fumeurs. Leur risque de rechutes dépressives serait plus élevé lors du sevrage.

La fréquence de la consommation de tabac est aussi augmentée chez les patients souffrant de troubles anxieux. Le tabac pourrait favoriser les troubles paniques, en raison de ses effets stimulants. Les personnes anxieuses déclarent souvent que le tabac soulage leur anxiété. En réalité, la consommation de tabac l’aggraverait plutôt.

Conséquences pour la santé physique

Chez les personnes présentant des troubles schizophréniques, une des conséquences de la surconsommation de tabac est l’augmentation du risque de mortalité par affections cardio-vasculaires (6x plus importante qu’en population générale), en particulier d’infarctus du myocarde. Lerisque de mortalité par affections respiratoires est 5x plus élevée qu’en population générale.

Le métabolisme du tabac interagit avec celui de nombreux psychotropes. Sa consommation peut ainsidiminuer les taux sanguins de certains psychotropes jusqu’à 40 %. De ce fait, les fumeurs présentant des troubles schizophréniques se voient prescrire des doses d’antipsychotiques plus élevées que les non-fumeurs et s’exposent ainsi plus fréquemment à leurs effets indésirables.

Les effets de la consommation de tabac et d’alcool sur l’état de santé des patients alcoolodépendants sont synergiques : augmentation du risque de pancréatite, de cirrhose et de cancers des voies aérodigestives supérieures.

Comment favoriser l’arrêt du tabac chez les personnes ayant des troubles psychiques ?

Le taux d’arrêt du tabac chez les personnes ayant des troubles psychiatriques est deux fois plus faible qu’en population générale. Les périodes de stabilisation des troubles sont les meilleures pour envisager l’arrêt du tabac, en particulier chez les personnes dépressives et celles présentant des troubles psychotiques.

Les personnes présentant des troubles schizophréniques qui reçoivent des antipsychotiques atypiques (Clozapine, Rispéridone, Olanzapine et Aripiprazole) arrêtent plus facilement de fumer que celles sous neuroleptiques classiques.

Sur le plan psychothérapique, les thérapies cognitivo-comportementales ont montré leur efficacité dans la dépendance tabagique.

Lorsque l’arrêt s’avère impossible, une réduction du risque par diminution progressive du nombre de cigarettes peut être obtenue grâce à l’utilisation ponctuelle de substituts nicotiniques oraux.

L’expérience clinique montre qu’il n’y a pas d’aggravation de la symptomatologie psychotique après sevrage. Les doses d’antipsychotiques sont à réévaluer en raison de l’augmentation des taux plasmatiques après le sevrage.

Rédaction

Dr. A. Dervaux (Synthèse réalisée par Marc Oeynhausen à partir des documents : « Dépendance au tabac et psychiatrie », « Le sevrage tabagique chez les personnes souffrant de schizophrénie »), septembre 2011.

À retrouver sur http://www.psycom.org/Espace-Presse/Sante-mentale-de-A-a-Z/Tabac-et-psychiatrie
Information proposée et validée par Psycom Publiée le 27/10/2016
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