Troubles de l'humeur chez l'enfant et l'adolescent

Information proposée et validée par Psycom Publiée le 27/10/2016

Trouble bipolaire , dépression , et dysrégulation sévère de l’humeur peuvent être observés sous des formes spécifiques chez les enfants et adolescents.

Trouble bipolaire , dépression , et dysrégulation sévère de l’humeur peuvent être observés sous des formes spécifiques chez les enfants et adolescents.

Les troubles de l’humeur chez les enfants et adolescents sont complexes à identifier car les symptômes peuvent avoir plusieurs interprétation chez l’enfant et son psychisme est en constante évolution. Néanmoins le dépistage précoce est essentiel et il nécessite souvent de prendre en compte les antécédents familiaux et l’environnement.

  • Le trouble affectif bipolaire  (F31 dans la Classification internationale des maladies – CIM 10) désigne l’alternance d’épisodes maniaques et/ou d’épisodes dépressifs. La maladie est le fruit d’une rencontre entre une prédisposition génétique et une histoire de vie.

Souvent diagnostiqué tardivement, le trouble bipolaire débute dans 60% des cas avant 20 ans. Un dépistage précoce permet  de proposer une prise en charge adaptée et d’éviter les errances thérapeutiques. Plus la personne malade est jeune, plus le diagnostic est difficile à poser. Ainsi, l’évaluation de l’épisode maniaque est particulièrement délicate chez l’enfant, qui est d’autant plus « débordant de vie » qu’il est jeune.

Les enjeux familiaux et l’environnement doivent également être pris en compte dans le diagnostic, car un trouble bipolaire  non stabilisé chez un parent peut entraîner des carences affectives, et amener l’enfant à présenter une instabilité ou une dépression en dehors de tout trouble bipolaire à début précoce.

Le trouble bipolaire à début précoce peut se traduire par une irritabilité, un parcours scolaire émaillé de ruptures et de désinsertion, des investissements affectifs discontinus, des conduites à risque ou une propension au passage à l’acte. Un trouble bipolaire dans sa forme typique peut être reconnu chez des enfants dès l’âge de 6 ou 7 ans, mais ces formes sont très rares.

Chez l’enfant et l’adolescent, le trouble bipolaire présente une forte comorbidité avec les troubles du comportement (trouble de l’attention et de l’hyper activité, trouble des conduites) ainsi qu’avec les troubles anxieux. Ainsi, on trouve 11 à 30% de troubles de l’humeur chez les enfants présentant un TDAH, et 22 à 88% de TDAH chez les enfants présentant des troubles de l’humeur.

  • La dysrégulation sévère de l’humeur se caractérise par une humeur chroniquement anormale chez un enfant de moins de 12 ans, avec irritabilité, colère ou tristesse, et une hyperexcitabilité marquée par des insomnies, une forte distractibilité, un débit verbal rapide. A l’âge adulte, la dysrégulation sévère de l’humeurévolue souvent vers des problématiques de type bordeline .
  • Chez l’enfant et l’adolescent, la dépression peut prendre des formes particulières, dites masquées derrière d’autres symptômes : troubles sphinctériens, TOC, phobie scolaire, parcours psychopathiques, symptômes psychosomatiques. Toute cassure nette dans la scolarité, la sociabilité ou les investissements ludiques peuvent être la marque d’une dépression.

La dépression infantile a un impact durable à l’adolescence et à l’âge adulte, ce qui rend cruciaux son repérage et son traitement précoces ; la survenue d’un épisode dépressif durant l’enfance constitue un facteur de risque important de dépression à l’adolescence.

L’épisode dépressif chez l’enfant peut survenir à l’occasion d’un événement de perte ou de deuil après lequel le comportement de l’enfant change. Le plus souvent, on observe une certaine agitation entrecoupée de moments de quasi-repli ou inertie, l’interruption des activités ludiques et des propos d’auto-dévalorisation.

La prévalence de l’épisode dépressif chez l’enfant varie entre 0,5 et 3% de la population générale selon la rigueur des critères diagnostics. Elle est plus importante pour les garçons que pour les filles (39% chez les garçons contre 18% pour les filles en population clinique de 9 à 12 ans). Les manifestations dépressives sont durables, l’épisode dépressif durant en moyenne 9 mois, et l’état dysthymique se prolongeant pendant près de 4 ans. La tendance à la récidive est élevée : 47% à un an, 70% à 2 ans.

La comorbidité est observée avec les troubles du comportement, mais aussi les troubles anxieux. Le principal impact de la dépression durable est généralement l’échec scolaire.

Au plan thérapeutique, la prévention est essentielle. De plus, la reconnaissance de la dépression a un rôle thérapeutique fort notamment lorsque l’épisode dépressif est survenu en réaction à un événement de vie. Le traitement se fait par psychothérapie, la technique étant fonction de l’âge de l’enfant (thérapie analytique, psychodrame, psychothérapie de soutien) ; plus l’enfant est jeune, plus l’aide apportée aux parents est importante. De nombreuses actions telles que la relaxation, l’orthophonie ou la prise en charge psychomotrice peuvent se montrer utiles. A l’heure actuelle, la prescription d’antidépresseurs chez l’enfant est réservée aux formes cliniques graves résistantes aux traitements psychothérapeutiques et relationnels ainsi qu’aux changements d’environnement. 

A l’adolescence, il importe de distinguer les sentiments dépressifs modérés et transitoires, appartenant au développement normal de cet âge, des différentes formes d’une dépression proprement dite. Si les symptômes dépressifs de l’adolescent sont très proches de ceux de l’adulte (humeur dépressive ou irritabilité, diminution marquée de l’intérêt et du plaisir), plusieurs particularités sont à noter : le visage de l’adolescent ne présente presque jamais un aspect dépressif, ses gestes peuvent retrouver toute leur vivacité le temps d’une activité, l’irritabilité remplace souvent l’humeur dépressive ; enfin, l’adolescent dit rarement qu’il est déprimé, mais plutôt qu’il s’ennuie. De nombreux symptômes (tels que l’agressivité, les fugues, l’anorexie ou la phobie scolaire) peuvent masquer un syndrome dépressif à l’adolescence. Filles et garçons n’expriment pas leur dépression de la même manière, les premières manifestent plus volontiers ce malaise par des préoccupations sur l’image de leur corps ; les seconds sous une forme comportementale agressive. Pour en savoir plus brochure Santé mentale et jeunes .

Les nombreux changements survenant durant la période pubertaire constituent des facteurs de risque. Parmi les causes de dépression à l’adolescence, on distingue également des vulnérabilités neurobiologiques, et des situations familiales ou existentielles difficiles. La prévalence de la dépression grave à l’adolescence est nettement supérieure à celle de l’enfance et varie selon les études entre 2 et 8% de la population générale, avec une prédominance féminine (2 filles pour 1 garçon) ; à côté de cette dépression « grave », 28 à 44% des adolescents présentent des symptômes dépressifs. Ces chiffres sont en augmentation depuis 30 ans.

Chez l’adolescent, un épisode dépressif majeur  dure en moyenne 7 à 9 mois, 10% continuant d’être déprimés au bout d’un an. La comorbidité de la dépression avec divers troubles psychiatriques à l’adolescence est forte : 30 à 80% pour les troubles anxieux, 10 à 80% pour les  troubles des conduites, 20 à 30% pour la consommation de produits. Cette comorbidité augmente le risque de tentatives de suicide. La récurrence à l’âge adulte est importante, ainsi que le risque d’autres troubles psychiatriques et de dysfonctionnement social. Environ 20% des adolescents qui ont présenté un épisode dépressif évolueraient vers un trouble bipolaire.

Le traitement de première intention est la psychothérapie. La dimension relationnelle de la thérapie, quelle que soit sa forme (psychothérapie brève ou longue, thérapie cognitive ou comportementale) est essentielle à l’adolescence. Par ailleurs, la dépression à l’adolescence étant très souvent liée à des facteurs familiaux, il est fondamental d’associer la famille, notamment les parents, à la prise en charge des troubles.

En deuxième intention, il peut être nécessaire de recourir aux traitements médicamenteux. A noter que le taux de réponse au placebo est important (30%).

Rédaction

Synthèse réalisée par Anaïs Bon à partir des documents listés dans la rubrique "Sources". Février 2015

À retrouver sur http://www.psycom.org/Espace-Presse/Sante-mentale-de-A-a-Z/Troubles-de-l-humeur-chez-l-enfant-et-l-adolescent
Information proposée et validée par Psycom Publiée le 27/10/2016
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